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Trois ans pour trois morts

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Palais de Justice de Bordeaux

Dans la plupart des graves accidents corporels, la conduite en état alcoolique prédomine. Avec la vitesse, elle est l'une des causes du drame de Cestas. Au tribunal correctionnel de Bordeaux, Sophie Périer-Chapeau a plaidé pour les parties civiles

« Le 18 avril 2016, l’accident avait coûté la vie à une mère et à ses deux fils »

Sud-Ouest Bordeaux©, lundi 20 novembre 2017

« Jérôme B. a été condamné par le tribunal de Bordeaux pour l’accident qui avait causé la mort de trois personnes en avril 2016.

La petite famille rentrait au Barp. Mais Angélique, 39 ans, et ses deux fils de 6 et 9 ans, Gaëtan et Lucas, ne sont jamais arrivés chez eux. Parce que leur route a croisé celle d’un chauffard, Jérôme B., jugé et condamné vendredi par le tribunal correctionnel de Bordeaux pour homicides involontaires. Le 18 avril 2016, deux familles ont été ruinées, comme l’avait si dignement rappelé Gaël P., mari et père des défunts lors d’une marche blanche organisée au Barp. La sienne et celle du prévenu.

2,20 g d’alcool dans le sang.

La mère de famille abordait un rond-point donnant sur l’avenue Mademoiselle-de-la-Harpe à Cestas quand son véhicule avait été violemment heurté par la grosse cylindrée qui la suivait.

Le choc avait été particulièrement violent puisqu’il avait projeté la petite voiture de la famille contre un mur d’enceinte et un arbre qui avait arrêté sa course. Le véhicule s’était alors trouvé pris en étau entre les restes du mur, le tronc et la grosse cylindrée venue s’écraser contre lui et le broyer. Les secours n’avaient rien pu faire pour la mère et son plus jeune fils. L’aîné avait succombé à ses trop graves blessures à l’hôpital.

Jérôme B. revenait de vacances à l’Île Maurice, ses affaires marchaient bien. En ce jour de reprise, il était allé déjeuner avec des copains. Il roulait à plus de 100 km/h en surrégime et avait 2,20 grammes d’alcool dans le sang au moment de l’accident.

À l’audience, il a du mal à parler. Marmonne, soupire, pleure. Beaucoup. "Je n’aurais pas dû conduire."

"Je ne me rappelle que le choc." Le reste… Il ne veut peut-être pas s’en souvenir.

Il a d’abord accusé la mère de famille de lui avoir coupé la route. "Ivre et au volant de cet avion de chasse, l’accident était inévitable", gronde le vice-procureur Jean-Louis Rey.

"J’ai pas voulu ça", souffle le prévenu, devant ses enfants venus le soutenir. "J’y pense tous les jours.".

"Vous n’aviez peut-être pas l’intention de décimer cette famille mais en conduisant vite et ivre un véhicule puissant, vous vous êtes mis en situation de tuer quelqu’un", remarque le président Alain Reynal.

Ce sont les parties civiles qui parlent le mieux de leur éprouvant quotidien. Le séisme de la nouvelle, les répliques du chagrin. Le manque, l’absence omniprésente, le sentiment d’injustice, l’impossibilité à sortir de la stupeur. Le fleurissement hebdomadaire des tombes, la décoration saisonnière du caveau avec une guirlande à Noël, un œuf en chocolat à Pâques, les chaises vides aux fêtes et anniversaires.

"C’est un multirécidiviste de la route", tonne Maître Sophie Périer-Chapeau, elle aussi en larmes au début de sa plaidoirie.

Arrêté à l’issue de l’audience

"Ils sont venus pour avoir un début de réponse et ils n’ont pas même un bout de pansement", se désole, très ému, le vice-procureur qui requiert cinq ans dont deux avec sursis et un retour en prison où Jérôme B. a déjà passé quatre mois après l’accident.

"Il a commis une énorme faute, il en a conscience", plaide Me Pierre pour la défense. "Il ne conduit plus et ne boit plus", assure l’avocat qui explique l’amnésie de son client par "un blocage du cerveau face au choc". Et qui en appelle à la fatalité en déplorant que la mère de famille roule dans une voiture prêtée par un garage en lieu et place de son véhicule de plus gros gabarit qui "ne se serait peut-être pas écrasé ainsi ".

Après en avoir délibéré, le tribunal a condamné Jérôme B. à cinq ans de prison dont deux avec sursis et "au regard de sa préférence pour les véhicules puissants, sa consommation d’alcool et sa conduite, à une annulation définitive de son permis de conduire".

Les policiers l’ont arrêté à l’issue de l’audience pour le conduire en prison.»

A retenir
Faire entendre sans relâche la voix des victimes au procès pénal
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